Analyses

Baromètre France Num 2026Le numérique dans les TPE et PME

Chaque année, le Baromètre France Num mesure la progression du numérique dans les TPE et PME françaises. L'édition 2026, publiée par la Direction générale des Entreprises et fondée sur 9 655 réponses, dresse un tableau contrasté : adoption rapide de l'IA, exposition croissante aux incidents cyber, dépenses en recul et facturation électronique en tête des priorités.

Lecture ≈ 16 min Dossier octobre 20, 2026

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L’essentiel en 2 minutes

Le Baromètre France Num 2026, réalisé par le Credoc pour la Direction générale des Entreprises, repose sur les réponses de 9 655 TPE et PME interrogées entre mars et avril 2026. C'est la sixième édition d'un suivi annuel qui mesure, depuis 2020, la perception et les usages numériques des petites entreprises françaises. Le tableau qui en ressort est celui d'une adoption structurellement solide, mais traversée de tensions : 71 % des dirigeants reconnaissent un bénéfice réel au numérique, même si cette perception s'érode chez les TPE en particulier. Les équipements de visibilité en ligne restent stables, tandis que 40 % des entreprises déclarent désormais utiliser au moins une solution d'intelligence artificielle, contre 13 % seulement deux ans plus tôt. La cybersécurité constitue le point de vulnérabilité le plus préoccupant : 39 % des répondants ont subi au moins un incident au cours des douze derniers mois, phishing et logiciels malveillants en tête. Du côté des projets, la réforme de la facturation électronique s'impose comme priorité pour 39 % des entreprises ayant des projets numériques pour 2026‑2027, dans un contexte où les dépenses dédiées au numérique reculent et où l'expert‑comptable s'impose comme conseiller de référence, en hausse de 23 points sur un an.

Sur le plan de la connectivité, le basculement vers la fibre optique est quasi achevé : 87 % des TPE et PME y sont raccordées, avec un écart limité entre zones urbaines et rurales. L'adoption de l'IA progresse dans tous les secteurs, même si les usages restent concentrés sur la génération de contenus et les assistants conversationnels. Les dépenses numériques se polarisent : un tiers des entreprises n'ont consacré aucun budget au numérique en 2025, tandis que celles qui investissent tendent à dépenser davantage. Ce rapport fournit aux dirigeants de TPE et PME une base factuelle pour situer leur entreprise par rapport aux pratiques observées et identifier les domaines où une action correctrice ou préventive mérite d'être engagée.

01
Présence en ligne

Une présence numérique stable, mais un modèle d'affaires qui bascule

Les taux d'équipement en solutions de visibilité et de commercialisation en ligne bougent peu. 64 % des entreprises ont un site internet présentant leur activité, 66 % possèdent au moins un compte de réseau social gratuit. Ces deux canaux atteignent un niveau de diffusion quasi équivalent, ce qui traduit un glissement progressif vers les plateformes sociales comme premier point de contact.

La vente en ligne concerne 24 % des entreprises, soit un recul de 3 points, avec le site marchand comme solution dominante à 16 %. Ces chiffres paraissent modestes, mais ils masquent une réalité plus dynamique. 46 % des répondants déclarent que 5 % ou plus de leur clientèle provient d'internet, en hausse de 2 points. 17 % réalisent plus de la moitié de leur chiffre d'affaires en ligne, également en progression de 2 points depuis 2025. La proportion d'entreprises pour lesquelles la vente en ligne n'est « pas pertinente pour leur métier » est descendue à 76 %, soit un recul de 8 points.

83 %des TPE‑PME ont au moins une solution de visibilité en ligneBaromètre France Num 2026
17 %réalisent plus de la moitié de leur chiffre d'affaires en ligneBaromètre France Num 2026
54 %disposent d'un nom de domaine spécifique à leur entreprise ou marqueBaromètre France Num 2026

Le nom de domaine propre reste un marqueur de structuration numérique : 54 % des TPE et PME en possèdent un. Ce taux varie fortement selon le secteur, de 81 % dans le numérique à 18 % en agriculture, et selon la taille de l'entreprise, de 79 % pour les structures de 50 à 249 salariés à 46 % pour les indépendants sans salarié.

02
Perception du numérique

Une perception positive qui s'effrite, notamment chez les TPE

En 2022, 81 % des dirigeants interrogés reconnaissaient un bénéfice réel au numérique. En 2026, ce chiffre s'établit à 71 %. Le recul est plus marqué chez les TPE, avec -8 points, que chez les PME, qui maintiennent un niveau de confiance élevé à 83 %. Les secteurs du numérique (90 %) et des services spécialisés (81 %) restent les plus convaincus. À l'opposé, les entreprises du bâtiment (61 %), du transport (60 %), de l'agroalimentaire (59 %) et de l'agriculture (52 %) expriment des réserves croissantes.

Cette tendance se confirme sur les effets économiques perçus : 36 % des dirigeants estiment que le numérique contribue à l'augmentation du chiffre d'affaires (-4 points par rapport à 2025), et 31 % considèrent qu'il favorise la croissance des bénéfices (-3 points). Ces reculs ne signifient pas que les entreprises se détournent du numérique, les taux d'équipement restant stables ou en progression. Ils indiquent plutôt que l'enthousiasme des premières années de transformation se tempère face à des réalités opérationnelles plus complexes.

03
Intelligence artificielle

L'IA adoptée par quatre entreprises sur dix, une progression inédite

En deux ans, la proportion d'entreprises utilisatrices d'IA a été multipliée par trois : 13 % en 2024, 26 % en 2025, 40 % en 2026. C'est l'un des résultats les plus marquants de cette édition. Chez les PME, la dynamique est encore plus nette : 53 % déclarent recourir à au moins une solution d'IA, soit une hausse de 19 points en un an et un triplement par rapport à 2024.

Les usages restent concentrés sur quelques fonctions accessibles sans intégration complexe. La génération de contenus (texte, voix ou image) est la plus répandue, à 34 % (+12 points), suivie des assistants conversationnels et chatbots à 24 % (+10 points). L'analyse de documents (13 %), l'automatisation des tâches (11 %) et l'analyse de données ou la prévision (9 %) progressent également, mais concernent encore une minorité d'entreprises.

Usage de l'IA Part des TPE‑PME Évolution
Génération de contenus (texte, voix, image) 34 % +12 pts
Assistants conversationnels et chatbots 24 % +10 pts
Analyse et classification de documents 13 % +7 pts
Automatisation des tâches 11 % +6 pts
Analyse de données, prévision, optimisation 9 % +4 pts

Source : Baromètre France Num 2026 — base : échantillon total, 9 655 répondants.

68 % des entreprises qui utilisent des solutions d'IA estiment que cela a un impact positif sur leur activité. Ce taux monte à 84 % parmi celles qui recourent à des solutions payantes. Sur l'ensemble des TPE et PME, 19 % dépensent effectivement pour des outils IA, 32 % chez les PME, principalement sous forme d'abonnements ou de licences (17 %).

04
Cybersécurité

39 % touchées par un incident cyber : une menace qui se concrétise

La peur du piratage ou de la perte de données touche 53 % des dirigeants en 2026, un niveau stable par rapport à 2025, mais en hausse de 16 points depuis 2020. Cette crainte est fondée : 39 % des TPE et PME ont subi au moins un incident de cybersécurité dans les douze mois précédant l'enquête. Les deux formes d'attaque les plus fréquentes sont l'hameçonnage (phishing, 18 %) et les virus ou logiciels malveillants (8 %).

Dans près de deux tiers des cas (65 %), les entreprises gèrent ces incidents en interne. 31 % font appel à un prestataire externe, et seulement 4 % à un organisme public. Ce recours limité à l'extérieur pose la question de la réelle capacité de résolution dans des structures sans compétences techniques dédiées.

84 % des entreprises déclarent avoir déployé au moins une mesure de protection, une proportion stable depuis 2025. L'antivirus reste la mesure la plus répandue (80 %), suivi de la sauvegarde externe des données (67 %). L'authentification multifactorielle progresse nettement : elle concerne désormais 39 % des entreprises ayant adopté des protections (+7 points), ce qui reflète une prise de conscience croissante autour de cette mesure de base. La formation du personnel (32 %), la désignation d'un référent interne (26 %) et la souscription à une assurance cyber (23 %) restent en revanche peu répandues.

05
Gestion et connectivité

Logiciels de gestion, données et fibre : une infrastructure qui se consolide

L'équipement en logiciels de gestion continue de progresser : 71 % des entreprises utilisent un logiciel de facturation (+2 points), autant un logiciel comptable (+3 points). 72 % déclarent que leurs logiciels comptables, de facturation ou de caisse sont compatibles avec les nouvelles obligations de la réforme de la facturation électronique. Cela laisse environ un quart des entreprises dans une situation à clarifier avant l'entrée en vigueur effective des obligations.

76 % des TPE et PME exploitent leurs données pour piloter leur activité. Les outils les plus utilisés à cet effet sont les logiciels métiers de type ERP ou CRM (51 %) et les tableurs (44 %). Les solutions d'analyse spécialisées ne concernent que 19 % des entreprises. L'IA n'est mobilisée à des fins de pilotage des données que par 5 % d'entre elles, un chiffre qui devrait évoluer à mesure que les usages IA se structurent.

La transition vers la fibre optique s'est accélérée : 87 % des entreprises y sont raccordées, contre 73 % en 2024, soit +14 points en un an. L'ADSL, le VDSL et le SDSL ne concernent plus que 25 % des entreprises, en recul de 18 points. L'écart entre zones urbaines (88 %) et rurales (85 %) est désormais marginal. C'est un frein réel à la numérisation qui disparaît, y compris pour les entreprises implantées hors des grands centres.

06
Dépenses et projets

Dépenses en recul, facturation électronique en tête des priorités

Les dépenses numériques, hors formation et recrutements, ont reculé en 2025. La part des entreprises sans aucun budget dédié atteint 33 %, en hausse de 8 points sur un an. Parmi celles qui investissent, 30 % ont dépensé moins de 1 000 euros (-3 points) et 37 % plus de 1 000 euros (-5 points). Ce double recul traduit un clivage qui se creuse entre les entreprises qui structurent leur investissement numérique et celles qui le suspendent ou le reportent.

Malgré ce recul, 78 % des TPE et PME déclarent avoir des projets numériques pour 2026‑2027 (+7 points) : la pause budgétaire semble conjoncturelle plutôt que définitive. La réforme de la facturation électronique concentre l'attention : 39 % des entreprises ayant des projets la citent comme priorité (+11 points), ce qui en fait de loin le premier poste d'intention. Viennent ensuite l'achat de logiciels (26 %), la formation (21 %), l'acquisition de matériels (19 %) et les projets liés à l'IA (18 %).

La réforme de la facturation électronique a également redistribué la carte des conseillers de confiance. L'expert‑comptable est cité par 41 % des dirigeants comme l'interlocuteur privilégié pour accompagner leur transformation numérique, soit une hausse de 23 points en un an. Les prestataires numériques conservent leur place (37 %, stable), tandis que les réseaux personnels (11 %) et les chambres consulaires (9 %) restent en retrait.

07
Compétences et accompagnement

Compétences numériques : des ressources internes solides, une dépendance externe qui diminue

66 % des TPE et PME estiment disposer de compétences numériques (-4 points). Ce recul global tient avant tout à la chute du recours aux prestataires extérieurs : 27 % des entreprises font appel à des compétences externes (-10 points), tandis que la proportion de celles qui en disposent en interne reste stable à 55 %. La combinaison des deux concerne 16 % des entreprises (-6 points).

21 % des entreprises ont suivi une formation au numérique en 2025 (+1 point) : 15 % portaient spécifiquement sur le numérique, 16 % sur un autre sujet intégrant une dimension numérique. Les secteurs les plus actifs sont le numérique (28 %), les services spécialisés et techniques (23 %) et les activités financières (22 %). La restauration et l'agroalimentaire se situent à l'opposé, avec 9 % chacun.

La notoriété de France Num progresse : 21 % des TPE et PME connaissent l'initiative (+3 points), et son site internet est connu de 15 % des entreprises, contre 3 % en 2022. Cette progression ne se traduit pas encore en réflexe de sollicitation. France Num n'est citée comme conseiller de référence que par 7 % des dirigeants (-7 points) au moment de prendre une décision numérique.

Questions fréquentes

Ce que les lecteurs demandent souvent

Comment expliquer que 40 % des TPE‑PME utilisent l'IA alors que peu d'entre elles ont une stratégie numérique formalisée ?

La majorité des usages IA déclarés concernent des outils accessibles sans intégration technique complexe : générateurs de texte, assistants conversationnels, outils de présentation ou de traduction. Ces solutions fonctionnent directement depuis un navigateur, sans déploiement informatique particulier. L'adoption a précédé la stratégie, ce qui soulève deux questions concrètes : la cohérence des usages déjà en place et la sécurité des données traitées.

39 % des entreprises ont subi un incident cyber : que faire si cela n'a pas encore touché la mienne ?

Le baromètre indique que les mesures les plus répandues, antivirus et sauvegarde externe, sont en place dans la majorité des entreprises. Ce qui fait défaut, c'est la couche suivante : authentification multifactorielle, formation du personnel, désignation d'un référent, souscription à une assurance. Un audit des pratiques existantes permet d'identifier les points faibles avant qu'un incident ne survienne.

La réforme de la facturation électronique est citée comme priorité : à quoi faut‑il se préparer concrètement ?

72 % des entreprises déclarent que leurs logiciels sont déjà compatibles avec les nouvelles obligations. Pour les 28 % restants, la question est de savoir si leurs outils actuels de facturation ou de comptabilité seront mis à jour par leur éditeur, ou s'il faut envisager un changement de solution. L'expert‑comptable reste l'interlocuteur le plus souvent cité pour accompagner cette démarche.

Mon entreprise est en zone rurale : la couverture fibre est‑elle vraiment équivalente aux zones urbaines ?

Selon le baromètre 2026, 85 % des TPE et PME en zone rurale sont raccordées à la fibre, contre 88 % en zone urbaine. Trois points d'écart : c'est historiquement faible. La transition depuis l'ADSL est donc largement accomplie, y compris hors des grandes agglomérations. Si votre structure n'est pas encore raccordée, vérifiez les délais de déploiement auprès de votre opérateur.

Pourquoi les dépenses numériques reculent‑elles alors que les projets progressent ?

Le baromètre fait apparaître une polarisation croissante : davantage d'entreprises sans aucun budget dédié (+8 points), mais aussi une progression de celles qui dépensent plus. Le recul global traduit une hésitation de la tranche intermédiaire, probablement liée à un contexte économique incertain et à une attente de clarification sur certaines obligations réglementaires. Les projets déclarés pour 2026‑2027 laissent penser que ces dépenses seront engagées, mais peut‑être différées.

Comment interpréter la baisse des compétences numériques en externe ?

La proportion d'entreprises déclarant des compétences via des prestataires externes passe de 37 % à 27 % en un an, soit -10 points. Ce recul ne signifie pas que les entreprises renoncent aux prestataires : il peut refléter des difficultés à en trouver, un recentrage sur les compétences internes, ou une redéfinition de ce qu'elles considèrent comme « compétences en numérique ». La progression de la formation interne (+1 point) va dans le sens d'une internalisation progressive des savoir‑faire de base.

Pour aller plus loin

Ce que ces résultats impliquent pour votre entreprise

Le Baromètre France Num 2026 dresse un tableau nuancé. La numérisation des TPE et PME françaises progresse sur le fond : connectivité, logiciels de gestion, adoption de l'IA. Mais plusieurs signaux méritent attention. La perception des bénéfices du numérique s'érode, notamment dans les secteurs où les retours sur investissement sont moins immédiats. La cybersécurité reste un point faible structurel : 39 % des entreprises ont subi un incident en douze mois, et les mesures de protection s'arrêtent souvent à l'antivirus et à la sauvegarde.

Pour un dirigeant de TPE ou PME, les priorités identifiées par le rapport offrent un cadre concret : vérifier la compatibilité des logiciels avec la facturation électronique, renforcer la cybersécurité au‑delà de l'antivirus, s'assurer que les usages IA déjà en place sont sécurisés et réellement utiles. Ces décisions ne supposent pas un projet de transformation globale. Elles s'inscrivent dans une revue régulière de l'environnement numérique de l'entreprise, idéalement conduite avec un prestataire technique qui connaît le contexte spécifique du secteur et de la taille de la structure.

Sources

Faites le point sur votre situation numérique

Les résultats du Baromètre France Num 2026 offrent un cadre de référence utile, mais chaque entreprise part d'un niveau de maturité différent, avec ses propres contraintes et ses priorités. Nasteo accompagne les TPE et PME dans l'analyse de leur environnement numérique : sécurité, performance, conformité, outillage. Contactez‑nous pour un échange sans engagement sur votre situation.

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