AI Act : ce que le Digital Omnibus du 27 juillet 2026 change pour les entreprises qui utilisent l'IA
Le Digital Omnibus ajuste le calendrier de l'AI Act sans dispenser les entreprises d'agir. Chatbots, contenus générés, outils RH, scoring et biométrie : ce dossier distingue les obligations applicables, les échéances à anticiper et les contrôles concrets à engager.
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne remplace pas un conseil professionnel adapté à votre situation. Vérifiez les sources officielles à jour avant toute décision.

L'AI Act encadre l'intelligence artificielle selon la finalité du système, le rôle de l'entreprise et le risque créé pour les personnes. Le Digital Omnibus donne davantage de temps pour préparer certains systèmes à haut risque, mais il ne suspend ni la maîtrise de l'IA ni les obligations de transparence. Depuis le 2 août 2026, les personnes doivent notamment savoir lorsqu'elles interagissent directement avec une IA ou sont exposées à certains contenus générés ou manipulés. *
Pour une TPE ou une PME, la priorité consiste à inventorier les outils, distinguer fournisseur et déployeur, vérifier les chatbots, documenter le contrôle éditorial et isoler les usages sensibles : recrutement, crédit, biométrie ou décisions ayant un effet significatif. Les règles de l'AI Act s'ajoutent au RGPD lorsque des données personnelles sont traitées. Une conformité proportionnée repose donc sur des preuves simples mais solides : finalités, responsabilités, information du public, supervision humaine et documentation.
Le Digital Omnibus ne remet pas les compteurs à zéro
Le calendrier évolue, mais plusieurs obligations sont déjà applicables.
Entré en vigueur le 27 juillet 2026, le Digital Omnibus conserve l'approche de l'AI Act fondée sur les risques. Il reporte surtout les exigences visant les systèmes à haut risque, sans supprimer les pratiques interdites, la maîtrise de l'IA ni la transparence de l'article 50. *
Il faut donc identifier chaque système, sa finalité, les décisions influencées et les personnes concernées. Un assistant de rédaction, un chatbot et un outil de tri de candidatures n'entraînent pas les mêmes obligations.
Les échéances à intégrer dans votre plan de conformité
Chaque date correspond à un périmètre différent. Il faut les traiter dans l'ordre.
| Date | Règles concernées | Priorité pour une PME |
|---|---|---|
| 2 février 2025 | Certaines pratiques interdites et maîtrise de l'IA | Sensibiliser les utilisateurs et formaliser les règles d'usage |
| 2 août 2025 | Gouvernance et obligations relatives aux modèles d'IA à usage général | Vérifier les informations fournies par les éditeurs |
| 2 août 2026 | Obligations de transparence de l'article 50 | Contrôler chatbots, deepfakes et contenus concernés |
| 2 décembre 2026 | Marquage technique pour certains systèmes génératifs mis sur le marché avant le 2 août 2026 | Interroger le fournisseur sur sa mise en conformité |
| 2 décembre 2027 | Systèmes à haut risque de l'annexe III | Préparer les usages RH, crédit, biométrie et autres domaines sensibles |
| 2 août 2028 | Systèmes à haut risque intégrés à des produits réglementés de l'annexe I | Anticiper dans les secteurs industriels ou médicaux concernés |
Calendrier consolidé après le Digital Omnibus. *
La transition jusqu'au 2 décembre 2026 est limitée au marquage détectable par machine de certains systèmes génératifs existants. Elle ne reporte pas les autres obligations de transparence applicables depuis le 2 août 2026. *
Qualifier l'usage, le risque et le rôle de l'entreprise
Le nom commercial d'un outil ne détermine jamais, à lui seul, son statut.
Le fournisseur développe ou fait développer un système pour le commercialiser sous son nom. Le déployeur l'utilise sous sa propre autorité. Une PME cliente d'un service SaaS est souvent déployeur, tandis que l'éditeur peut fournir le système ou intégrer une solution tierce. *
L'entreprise peut devenir fournisseur si elle appose son nom, modifie substantiellement le système ou en change la finalité dans les cas prévus. Documentez donc version, paramétrages, données et décisions influencées.
Outil courant
Assistant de rédaction ou filtre anti‑spam : le risque peut rester minimal.
Usage sensible
Recrutement, solvabilité ou biométrie peuvent relever du haut risque.
Un scoring de prospects n'est pas automatiquement haut risque. Un scoring de crédit évaluant la solvabilité d'une personne est en revanche un usage sensible. Une validation humaine purement formelle ne neutralise pas l'influence réelle du système.
Chatbots et contenus générés : distinguer les obligations
Marquage technique et information visible répondent à deux logiques distinctes.
Interaction directe
Le fournisseur doit concevoir le système pour informer la personne qu'elle échange avec une IA, sauf contexte évident. La mention doit apparaître au plus tard lors de la première interaction. L'entreprise intégrant un chatbot vérifie donc l'affichage d'une indication claire telle que « assistant IA ». *
Contenus générés ou manipulés
Le fournisseur rend les sorties synthétiques détectables par machine. Le déployeur informe le public lorsqu'il diffuse un deepfake, recourt à la reconnaissance des émotions ou à la catégorisation biométrique, ou publie certains textes générés d'intérêt public. *
Pour ces textes, l'information visible n'est pas requise si un contrôle humain ou éditorial réel existe et qu'une personne assume la responsabilité éditoriale. Conservez l'identité du relecteur, les vérifications et la décision de publication.
Trois situations fréquentes dans les PME
La finalité concrète permet de passer du règlement à l'action.
| Situation | Vigilance | Obligation | Action |
|---|---|---|---|
| Chatbot client | Transparence | Informer dès la première interaction | Tester l'interface et conserver la preuve |
| Scoring de prospects | Finalité et données | Distinguer commerce et solvabilité | Documenter critères et contrôle humain |
| Tri de candidatures | Haut risque | Préparer risques, traçabilité et supervision | Obtenir la documentation et clarifier les rôles |
La qualification dépend de l'usage réel. *
Un agenda proposant des créneaux n'est pas haut risque du seul fait du recrutement. Un outil qui filtre, classe ou évalue les candidatures relève en revanche des usages sensibles de l'annexe III. La même prudence s'impose pour le crédit, l'éducation ou l'accès à un service essentiel.
Usages sensibles, sanctions et articulation avec le RGPD
Les plafonds financiers sont importants, mais la réponse doit rester proportionnée au risque réel.
Recrutement, solvabilité, biométrie et décisions affectant significativement des personnes exigent une analyse renforcée. La reconnaissance des émotions au travail et dans l'enseignement est en principe interdite, sauf raisons médicales ou de sécurité. *
AI Act et RGPD
L'AI Act encadre les systèmes et leurs risques. Le RGPD encadre les données personnelles. Vérifiez finalité, base légale, information, destinataires, conservation, droits et nécessité d'une analyse d'impact. *
Les contrôles à engager maintenant
Un inventaire fiable permet de prioriser sans lancer un chantier disproportionné.
- 01Inventorier les outils et leurs finalités
Incluez les fonctions IA intégrées aux logiciels SaaS, les prestataires concernés et les décisions influencées.
- 02Organiser la maîtrise de l'IA
Adaptez les règles d'usage et la sensibilisation aux connaissances des utilisateurs et aux risques des outils.
- 03Contrôler les chatbots
Vérifiez que l'utilisateur comprend qu'il interagit avec une IA dès le premier échange.
- 04Auditer les contenus
Distinguez marquage technique, deepfake, texte d'intérêt public et contenu soumis à un contrôle éditorial réel.
- 05Documenter le contrôle humain
Conservez les règles, validations, corrections, sources et personnes assumant la responsabilité éditoriale ou décisionnelle.
- 06Interroger les fournisseurs
Demandez leur rôle, les mesures de transparence, le marquage des sorties, la documentation disponible, la sécurité et les données traitées.
- 07Clarifier les responsabilités des prestataires
Précisez contractuellement les outils autorisés, les données accessibles, les rôles AI Act et les obligations RGPD.
- 08Traiter d'abord les usages sensibles
Priorisez les outils RH, crédit, biométrie, données sensibles et décisions produisant des effets significatifs.
Ce que les lecteurs demandent souvent
Un simple chatbot de FAQ est‑il concerné ?
Oui, s'il interagit directement avec des personnes. Sa nature artificielle doit être claire au plus tard lors de la première interaction, sauf si le contexte la rend déjà évidente.
Faut‑il signaler toute image ou tout texte généré par IA ?
Non. Le fournisseur assure le marquage technique. Le déployeur doit notamment informer le public pour les deepfakes et certains textes d'intérêt public sans contrôle humain ou responsabilité éditoriale.
Un scoring commercial est‑il automatiquement à haut risque ?
Non. Une priorisation de prospects n'est pas assimilable par principe à une évaluation de solvabilité. La finalité, les données, le secteur et la décision influencée déterminent l'analyse.
L'éditeur SaaS gère‑t‑il toute la conformité ?
Non. L'éditeur et l'entreprise utilisatrice conservent chacun les obligations attachées à leur rôle réel. Le contrat doit préciser la répartition des responsabilités.
Les sanctions maximales s'appliquent‑elles automatiquement ?
Non. Ce sont des plafonds. L'autorité tient compte de la gravité, de la durée, des conséquences et de la taille de l'entreprise. Les PME bénéficient du plafond le plus faible.
L'AI Act remplace‑t‑il le RGPD ?
Non. Les deux règlements se complètent. Le RGPD reste applicable dès qu'un système développe ou utilise un traitement de données personnelles.
Que faire si un prestataire utilise l'IA pour mon entreprise ?
Demandez quels outils sont utilisés, pour quelles finalités et avec quelles données. Clarifiez les rôles AI Act, les obligations RGPD, le contrôle humain et les preuves attendues dans le contrat.
Construire une conformité progressive et défendable
Le Digital Omnibus donne du temps pour certains systèmes à haut risque, sans différer les contrôles essentiels. Inventorier les outils, renforcer la maîtrise de l'IA, informer les utilisateurs, documenter le contrôle humain et traiter en priorité les usages sensibles constituent un socle réaliste pour une TPE ou une PME.
Sources
- Règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle, EUR‑Lex
- Règlement (UE) 2026/1744, Digital Omnibus sur l'IA, EUR‑Lex
- Cadre réglementaire et calendrier de l'AI Act, Commission européenne
- Lignes directrices sur les obligations de transparence de l'article 50, Commission européenne
- Questions et réponses sur les obligations de transparence, Commission européenne
- Questions et réponses sur la maîtrise de l'IA, Commission européenne
- Application, gouvernance et sanctions de l'AI Act, Commission européenne
- Annexe III : systèmes d'IA à haut risque, Commission européenne
- Calendrier du règlement européen sur l'IA et articulation avec le RGPD, CNIL
Prioriser votre conformité IA
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